Police des Ardennes : « On attend des moyens concrets », avant la visite du ministre de l'Intérieur
Le syndicat Unité SGP Police réagit aux propos du maire de Charleville-Mézières et espère des annonces concrètes de Laurent Nuñez, attendu ce jeudi 5 février dans les Ardennes.
Après les déclarations de Boris Ravignon, maire de Charleville-Mézières, suite à la fusillade de Mohon rue Victor Hugo, le syndicat de police Unité SGP Police a tenu à rétablir certaines vérités. Si la colère de l'élu est compréhensible face à la violence qui frappe le territoire, ses propos accusant la police de mentir et de ne pas mener d'enquêtes ont été jugés « inacceptables » par les forces de l'ordre.
« Les policiers Ardennais font avec les moyens qu'on leur donne »
« Dire que les enquêteurs ne font pas d'enquête, c'est faux. Dire qu'on ne fait rien, c'est faux », martèle le syndicat dans un communiqué. La réalité du terrain est tout autre : les services de police et de justice manquent cruellement de moyens humains, matériels et législatifs.
Les enquêtes sur les trafics de stupéfiants, qui gangrènent certains quartiers autour de Charleville-Mézières, nécessitent 18 mois de travail : montage juridique, écoutes, surveillances, filatures. Un travail de longue haleine qui relève normalement des services spécialisés (anciennes PJ, aujourd'hui DRPJ), et non du niveau départemental.
Un service d'investigation exsangue
« On ne peut pas mobiliser 10 personnes en permanence pour une seule enquête », explique le syndicat.
Car les chiffres sont accablants, comme l'explique Ludovic Chapoutier, Secrétaire Départemental du syndicat Un1té SGP Police
Laurent Nunez attendu ce jeudi avec des annonces
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez se rendra dans les Ardennes ce jeudi 5 février. Et il devrait annoncer des renforts pour la filière investigation. Un renfort de 4 personnes en judiciaire à Charleville serait dans les tuyaux.
« On les remerciera, mais malheureusement ça ne compensera pas la perte de 10 personnes qu'on a eue l'année dernière », tempère Ludovic Chapoutier. Un plan pour l'investigation est attendu depuis un an - il devait être annoncé par Gérald Darmanin puis Bruno Retailleau. « On ne croit que ce qu'on voit et ce qui est mis en pratique », prévient Unité SGP Police.
La semaine en 4 jours, une solution ?
Parmi les pistes envisagées figure la semaine de 4 jours, avec le même nombre d'heures de travail mais condensées. « C'est gratuit pour l'État », souligne le syndicat.
Ludovic Chapoutier, au micro de Radio 8
Mais pour le syndicat, ce ne sera pas suffisant : « Il n'y a pas que ça. Il y a la complexité des procédures, le manque d'effectifs, les logiciels inadaptés ». Le syndicat dénonce notamment le fiasco du projet XPN, un futur logiciel à 275 millions d'euros qui n'a jamais vu le jour.
« On a laissé tomber l'investigation pendant des années. Là, on essaie juste de mettre des pansements. Les annonces, c'est bien, mais sans moyens supplémentaires concrets, ça ne fera pas venir les effectifs », conclut Ludovic Chapoutier, qui espère enfin un signal fort de l'État ce jeudi.