Les avocats Ardennais disent non à Gérald Darmanin

par Candide Blomme

Justice morte dans les Ardennes ce lundi. Les avocats du barreau de Charleville-Mézières ont rejoint un mouvement national pour dénoncer le projet de loi porté par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, examiné aujourd'hui même à l'Assemblée nationale.

Le bâtonnier du barreau des Ardennes, Patrick Manil, a tenu à le préciser d'emblée : si la date du 29 juin a été retenue, ce n'est pas un hasard. C'est celle choisie par l'ensemble des barreaux français pour frapper d'une seule voix. Une journée unifiée, à l'échelle du pays.

Et le timing est loin d'être anodin. Il y a trois semaines, le 10 juin, le projet de loi avait déjà essuyé un premier revers sévère : rejeté en commission des Lois à l'Assemblée par 18 voix contre 16, toute la gauche votant contre et le RN s'abstenant. Un camouflet pour Darmanin, déjà dans la tourmente depuis l'affaire Lyhanna. Contraint de reculer, le garde des Sceaux avait alors renoncé à sa mesure phare : le plaider-coupable criminel. « Ce n'est pas le moment », avait admis son entourage.

Mais pour les avocats Ardennais, ce recul partiel ne règle rien sur le fond. Le texte qui est arrivé ce lundi dans l'hémicycle, dans sa version sénatoriale, maintient des dispositions jugées inacceptables : le régime des nullités, la détention provisoire, l'usage des tests génétiques dans les enquêtes... autant de sujets qui touchent directement à « la justice pénale du quotidien », celle des justiciables, des victimes, et des droits de la défense. Sans oublier le risque de réintroduction par amendement de l'appel circulaire des cours criminelles départementales, que le Sénat avait pourtant écarté.

Le Bâtonnier des Ardennes, Maître Patrick Manil, au micro de Radio 8

Ce qui agace aussi les robes noires, c'est la méthode. La procureure générale de la cour d'appel de Paris aurait déclaré (repris par le Nouvel Observateur) qu'elle « donnait la décision » et n'était « pas là pour négocier ». Un ton qui passe mal dans les prétoires.

Le barreau des Ardennes réclame une concertation réelle, avec la Conférence des bâtonniers et le Conseil national des barreaux. Pas un simulacre de dialogue. Une vraie discussion, avant que la loi ne soit votée. Le gouvernement, lui, espère un vote définitif d'ici mi-juillet.